Une lettre ouverte de la ministre Julie Green adressée à la communauté

Chers Yellowknifiens et Ténois préoccupés,

Au moment où vous lisez ces lignes, il y a une grave éclosion de COVID-19 dans la capitale. Alors que nous espérions tous que la pandémie aurait disparu de notre quotidien, les récentes éclosions survenues dans le territoire ont montré que nous devons continuer à nous serrer les coudes pour assurer la sécurité de tous, maintenant et pendant tout l’hiver. Il s’agit d’un objectif crucial à un moment crucial. En tant que ministre de la Santé et des Services sociaux, je vous demande votre soutien à l’égard du plan du gouvernement visant à garantir que Yellowknife dispose d’un refuge et de services pour les personnes qui en ont le plus besoin.

La pandémie est éprouvante : imaginez maintenant s’il vous fallait endurer chaque jour sans toit au-dessus de votre tête, dans le froid glacial. Ce sera la réalité de plus de 300 personnes vivant dans la rue à Yellowknife, si nous n’agissons pas immédiatement pour trouver un refuge de jour temporaire. Mon ministère s’est engagé à créer un Centre de mieux-être et de rétablissement permanent d’ici 2024, mais à cause des restrictions sanitaires liées à la COVID-19, les personnes qui fréquentent l’établissement réunissant le centre de dégrisement et le refuge de jour de la 50e Rue et qui ont besoin de l’aide la plus urgente ont dû être déplacées. Il n’y a pas assez de place pour assurer un éloignement physique adéquat dans cet établissement, et sa capacité a été réduite à 20 personnes. Par conséquent, l’établissement est contraint de refuser des dizaines de personnes parmi les plus vulnérables – des personnes qui ont besoin d’un endroit pour se prendre une douche, utiliser les toilettes, prendre une tasse de café, manger un morceau, ou simplement se procurer une nouvelle paire de chaussettes et se réchauffer pendant la journée.

Nous avons la solution.

Le mois dernier, le ministère de la Santé et des Services sociaux a demandé à toute personne souhaitant mettre son bâtiment à disposition pour un refuge temporaire de se manifester. Trois sites potentiels ont été soumis, et, parmi ceux-ci, nous pensons que l’ancien bâtiment de la Légion, situé au 4709, avenue Franklin, récemment utilisé par Aurora Village, est le seul qui puisse convenir.
Voici pourquoi c’est le bon choix.

C’est au centre-ville. Les gens doivent pouvoir quitter les refuges de nuit situés au cœur de la ville – qui exigent que les personnes quittent les lieux entre 7 h et 19 h – pour se rendre facilement en lieu sûr. En d’autres termes, des endroits qui se trouvent à distance de marche. S’ils ne peuvent pas se rendre à pied au refuge de jour, ils seront contraints de s’installer dans les cages d’escalier, les halls d’entrée, les restaurants ou dans d’autres endroits pour se protéger du froid. Le personnel du refuge de jour aide à mettre les personnes en contact avec les fournisseurs de soins de santé et de services de santé mentale, entre autres, dont la plupart œuvrent au centre-ville. L’accès à ces services est capital pendant l’éclosion de COVID-19, car il faut s’assurer que les clients susceptibles de présenter des symptômes passent des tests de dépistage et bénéficient d’un soutien s’ils doivent s’auto-isoler.

Le bâtiment est également assez grand pour accueillir environ 60 personnes et ne nécessite que des rénovations mineures. Cela signifie qu’une fois que la Ville de Yellowknife nous aura accordé les permis nécessaires, nous pourrons accueillir les gens exposés au froid... en toute sécurité. Le tout doit se faire d’ici la fin du mois d’octobre. Je sais qu’il s’agit d’une solution provisoire, mais elle est indispensable pour aider la population sans abri.

Dès cette semaine, le gouvernement territorial s’entretiendra avec les entreprises et les autres voisins de la zone environnante. Nous savons par expérience que la présence d’un refuge de jour à proximité se heurtera probablement à de la résistance. En novembre dernier, le ministre des Affaires municipales et communautaires a déclaré l’état d’urgence pour pouvoir utiliser l’ancien bâtiment de la sécurité minière (Side Door) sur la 49e Rue comme refuge temporaire au centre-ville. Cette mesure urgente et radicale a été prise en raison du besoin critique et immédiat de protéger les gens à la fois du virus de la COVID-19 et des intempéries. En bref, le gouvernement ne pouvait pas attendre que toutes les préoccupations formulées par les entreprises soient traitées et que le conseil municipal donne son approbation. Malgré l’opposition initiale de certains, le refuge a servi ses clients en toute sécurité et sans incident majeur. Au retour du beau temps et à la levée de l’état d’urgence, le bail du bâtiment a pris fin et est redevenu un centre pour les jeunes, également très apprécié et nécessaire.
À la lumière de ces éléments, voici ce que je vous demande. Yellowknife est remplie de personnes bienveillantes. Notre esprit communautaire est fort; c’est pourquoi nous vivons ici. Si vous appuyez fermement l’établissement d’un refuge temporaire sur l’avenue Franklin, je sais que nous pouvons surmonter cette situation ensemble, pour le bien de tous. Nous ne souhaitons pas répéter les mesures certes nécessaires, mais lourdes, que le gouvernement a dû prendre l’hiver dernier. Nous pouvons plaider collectivement, en tant que citoyens préoccupés, en faveur d’un acte de réconciliation véritablement bienveillant et significatif.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Presque toutes les personnes qui ont besoin de ce refuge ont fréquenté les pensionnats ou souffrent du traumatisme intergénérationnel que ceux-ci ont causé. Vous ne vous sentez peut-être pas personnellement responsable en assistant à la découverte de tombes anonymes d’enfants décédés dans les pensionnats, loin de leurs familles et de leurs cultures, mais collectivement, nous avons la responsabilité d’alléger le fardeau de ceux qui ont survécu, et de leurs familles.

Lors de la fête du Canada plus tôt cette année, des centaines de Yellowknifiens ont revêtu des chandails orange et ont défilé en solidarité avec les Autochtones du Nord pour témoigner leur compassion envers les deuils entraînés par la découverte de ces tombes et les préjudices inconcevables que la colonisation a imposés aux communautés dénées, métisses et inuites. Organisée par la Ville de Yellowknife et la Première Nation des Dénés Yellowknives, une cérémonie solennelle tenue au centre ville a remplacé les festivités et les défilés habituels – un geste reconnaissant que l’heure n’est pas à la célébration. De même, ce n’est pas le moment de détourner le regard des sans-abri, des personnes en deuil et des personnes souffrant de dépendances. Le moment est venu de poser des gestes concrets de réconciliation. Alors, agissons.

Le Ministère a examiné des dizaines d’emplacements au centre-ville avant de demander aux propriétaires de se manifester. Il n’y a plus d’autres options. Je vous invite avec insistance à faire entendre votre voix en faveur de ce refuge de jour temporaire. Le groupe Facebook « Concerned Yellowknife Residents for a Day Shelter Downtown », plaidant pour l’établissement d’un refuge au centre-ville, compte près de 500 membres. Je sais que beaucoup d’autres personnes veulent contribuer activement à la réconciliation et à une vie juste et digne pour tous. C’est votre chance. Parce que tout le monde compte, j’espère pouvoir compter sur vous pour soutenir le refuge de jour temporaire sur l’avenue Franklin. C’est la bonne chose à faire.

Cordialement,

Julie Green
Ministre de la Santé et des Services sociaux (et Yellowknifienne préoccupée)